Début 2026 : entre croissance et volatilité

Début 2026 : entre croissance et volatilité

Le premier trimestre de 2026 a débuté sur une note positive pour les investisseurs, particulièrement au Canada, l’indice composé S&P/TSX ayant clôturé à un niveau record le 28 janvier. Cependant, un brusque revirement des prix de l’or et de l’argent au cours des deux dernières journées de négociation de janvier a fait chuter l’indice de plus de 1 200 points et effacé la majeure partie de ses gains depuis le début du mois. Les actions américaines n’ont pas chuté autant que le marché canadien, fortement pondéré en matériaux. En février, la tendance haussière des actions a repris et l’indice composé S&P/TSX a nettement surpassé le S&P 500 et le Nasdaq. Les actions américaines ont également été à la traîne des marchés européens et japonais en février, alors que de nouvelles inquiétudes quant au potentiel de l’IA de provoquer des perturbations économiques plus larges ont particulièrement pesé sur les titres de logiciels.

Puis, le dernier jour du mois, soit le samedi 28 février, les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran. Les actions et obligations mondiales ont ensuite subi en mars leur plus important mouvement de vente depuis 2022, la guerre ayant déclenché un choc énergétique qui a épargné peu de catégories d’actifs. Le Brent, la référence mondiale en matière de pétrole, a clôturé le mois de mars avec la plus forte hausse de prix jamais enregistrée sur un mois, soit une augmentation de près de 60 %, alors que la guerre a bloqué le trafic des pétroliers dans le détroit d’Ormuz et endommagé les infrastructures énergétiques dans la région. Le détroit transporte normalement un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié à l’échelle mondiale. Les prix de l’essence, du kérosène et du diesel ont augmenté dans le monde entier.

Les obligations ont également reculé en mars, dans un contexte où les banques centrales pourraient relever les taux d’intérêt en 2026 afin de contenir les pressions inflationnistes alimentées par le conflit. Le rendement de l’obligation de référence du Trésor américain à 10 ans a augmenté en mars (les rendements augmentent lorsque les prix baissent), inversant un déclin progressif observé depuis mai 2025. L’or, souvent perçu comme une valeur refuge, a également chuté. L’indice composé S&P/TSX, qui avait affiché une solide performance au cours des deux premiers mois du premier trimestre, a effacé presque tous ces gains en mars, tout en surpassant le S&P 500, le Dow, le Nasdaq et l’indice MSCI Monde pour le trimestre ainsi que sur des horizons de 1, 3 et 5 ans au 31 mars. Les actions se sont redressées le dernier jour du trimestre à la suite de nouvelles suggérant que les États-Unis et l’Iran cherchaient tous deux à désamorcer le conflit.

Au cours du trimestre, l’indice composé S&P/TSX a progressé de 3,94 %, l’indice S&P 500 a reculé de 4,42 %, l’indice Nasdaq a chuté de 6,96 %, l’indice MSCI Monde a diminué de 3,15 % et l’indice MSCI EAEO a progressé de 0,15 %. Au Royaume-Uni, l’indice FTSE 100 a gagné 3,42 %, tandis que l’indice DAX de l’Allemagne a reculé de 7,39 %. En Asie, l’indice Nikkei 225 du Japon a progressé de 1,65 %, tandis que l’indice MSCI Chine a reculé de 8,53 %. L’Indice des obligations universelles FTSE Canada a terminé le trimestre en hausse de 0,23 %. L’or a progressé de 6,87 % et le Brent a bondi de 76,56 %.

Publications des données et développements du mois de mars

Après une légère contraction à la fin de 2025, le PIB du Canada a augmenté de 0,1 % en janvier, soutenu par la vigueur des industries productrices de biens, qui ont progressé de 0,2 %, selon Statistique Canada. Les gains observés en janvier ont été menés par les secteurs de l’extraction minière, de l’exploitation en carrière et de l’extraction de pétrole et de gaz, en hausse de 1,2 %, l’extraction de pétrole et de gaz ayant progressé de 1,6 %. Toutefois, le secteur manufacturier a reculé de 1,4 %. L’estimation préliminaire de l’agence pour février fait état d’une croissance de 0,2 %.

Cependant, Statistique Canada a également indiqué que l’économie avait perdu 84 000 emplois en février, ce qui a porté le taux de chômage à 6,7 %. La hausse du chômage est due à une baisse significative de 108 000 emplois à temps plein, tandis que les emplois à temps partiel sont restés stables. Le commerce de gros et de détail a perdu 18 000 emplois en février, tandis que les secteurs manufacturier et de la construction en ont supprimé 21 200 à eux deux. Et l’économie des services s’est contractée pour un quatrième mois consécutif en février, selon les données de S&P Global sur l’indice IDA (l’Indice des directeurs d’achat) des services au Canada.

Une faible croissance a permis de contenir l’inflation, qui s’élevait à 1,8 % en février, soit un niveau inférieur à l’objectif de 2 % fixé par la Banque du Canada. Toutefois, avec la hausse des prix de l’énergie, il est probable que les entreprises répercutent l’augmentation des coûts de transport et de production sur leurs clients, ce qui ferait grimper le prix d’autres biens et services.Dans ce contexte, la Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25 % le 18 mars, tout en soulignant que la volatilité des prix de l’énergie accentuait les risques de hausse de l’inflation. Cela dit, la flambée des prix de l’énergie augmente les revenus des producteurs de pétrole canadiens et contribuera de manière significative à la réduction du déficit budgétaire de l’Alberta. Le gouvernement fédéral devrait également bénéficier de la hausse des recettes fiscales des sociétés provenant du secteur pétrolier. 

Aux États-Unis, la deuxième estimation de la croissance du quatrième trimestre de 2025 publiée à la mi-mars par le Bureau of Economic Analysis (BEA) a révisé la croissance à la baisse, à un taux annualisé de 0,7 %, nettement inférieur à l’estimation initiale de 1,4 %. Le BEA a indiqué que ce ralentissement reflétait une diminution des dépenses de consommation, des exportations et des dépenses publiques attribuable à l’arrêt des activités du gouvernement américain en octobre et novembre.

Selon le département du Travail des États-Unis, l’économie américaine a perdu 92 000 emplois en février, un résultat bien inférieur aux attentes et au gain de 126 000 emplois enregistré en janvier. Le taux de chômage a légèrement augmenté pour atteindre 4,4 %. L’inflation de base des prix à la consommation aux États-Unis, excluant les aliments et l’énergie, s’est établie à 2,5 % (taux annualisé) en février, soit son niveau le plus bas depuis mars 2021, inchangée par rapport à janvier et conforme aux prévisions. Les demandes initiales d’allocations chômage pour la troisième semaine de mars ont légèrement augmenté, tout en demeurant inférieures aux niveaux observés un an plus tôt. Les demandes continues ont reculé à leur plus bas niveau depuis mai 2024, ce qui laisse entendre que de nombreux travailleurs déplacés retrouvent un emploi relativement rapidement ou ont atteint la durée maximale d’admissibilité aux prestations.

Les ventes au détail de février ont été positives, selon le département du Commerce, soutenues par de solides dépenses dans les véhicules, les vêtements et les magasins de soins personnels. Les ventes ont progressé de 0,6 % par rapport à janvier, dépassant les attentes. Les ventes de janvier ont été révisées pour faire état d’un recul de 0,1 %, comparativement à une estimation précédente d’une baisse de 0,2 %. Les données, comme presque toutes les autres publications officielles, reflétaient l’activité avant le début de la guerre en Iran.

Selon l’indice IDA manufacturier de l’ISM, le secteur manufacturier a poursuivi son expansion en mars pour le troisième mois consécutif, l’indice progressant à 52,7 en mars contre 52,4 en février et dépassant les prévisions de 52,5. Cet indicateur signale la plus forte croissance de l’activité manufacturière depuis août 2022.

Cependant, deux sondages clés sur le sentiment des consommateurs américains menés après le début du conflit ont donné lieu à des résultats divergents. L’indice du sondage sur la confiance des consommateurs du Conference Board a légèrement progressé en mars, passant à 91,8 contre 91,0 en février. La période de sondage pour les résultats préliminaires était du 1er au 24 mars 2026. En revanche, l’indice de sentiment des consommateurs de l’Université du Michigan a reculé à 53,3 en mars, en deçà de l’estimation préliminaire de 55,5 et du résultat de 56,6 enregistré en février. Des baisses ont été enregistrées dans tous les groupes d’âge et toutes les affiliations politiques. Les données ont été recueillies entre le 17 février et le 23 mars, environ les deux tiers ayant été collectés après le début de la guerre.

La Réserve fédérale américaine a maintenu ses taux inchangés en mars, tout en soulignant que l’inflation demeurait élevée et que le marché du travail restait stable, mais aussi que l’incertitude s’était accrue en raison de la guerre. Les prix à la production ont augmenté plus que prévu en février, confirmant que les pressions sur les coûts se raffermissaient déjà avant la flambée soudaine des prix de l’énergie.

Dans la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) a maintenu ses taux inchangés mais, à l’instar des autres banques centrales en mars, a souligné les risques inflationnistes liés à la hausse des prix de l’énergie et signalé un niveau élevé d’incertitude ainsi que des risques à la baisse pour la croissance.

Au Royaume-Uni, la Banque d’Angleterre a maintenu ses taux en mars. Les données sur l’emploi se sont révélées plus solides que prévu, le taux de chômage étant demeuré stable. L’inflation de février s’est maintenue à 3 %, en glissement annuel, indiquant une atténuation des pressions sur les prix avant la guerre. Le PIB mensuel n’a affiché aucune croissance en janvier, selon l’Office for National Statistics du Royaume-Uni, après des hausses de 0,1 % en décembre et de 0,2 % en novembre 2025.

En Australie, la Banque de réserve a relevé son taux directeur de 25 points de base en mars, à 4,1 %, invoquant une hausse des risques inflationnistes liée à l’augmentation des prix de l’énergie. Les données sur l’emploi ont montré un raffermissement du marché du travail, principalement dans les postes à temps partiel. En février, l’inflation globale a ralenti pour s’établir à 3,7 % en glissement annuel.

La Banque du Japon a maintenu ses taux inchangés tout en soulignant l’impact potentiel de la hausse des coûts de l’énergie, le Japon étant fortement dépendant des importations d’énergie. L’inflation globale en février a ralenti à 1,3 %, en glissement annuel, les subventions gouvernementales à l’énergie ayant fait baisser les coûts des services publics.

En Chine, l’activité économique au cours des deux premiers mois du trimestre a surpris à la hausse, soutenue par une amélioration de la production industrielle et des investissements dans les infrastructures, tandis que les ventes au détail et les investissements privés sont restés faibles. Les exportations ont fortement progressé. Les taux préférentiels des prêts sont restés inchangés, mais l’inflation globale en février a été plus élevée que prévu, atteignant 1,3 % en glissement annuel, tandis que les prix à la production sont restés en territoire de déflation. Comme dans de nombreuses économies mondiales, l’incidence future de la hausse des prix du pétrole sera étroitement surveillée par les décideurs politiques.

À quoi s’attendre maintenant?

Des commentaires de Donald Trump à la fin de mars suggérant que la guerre pourrait prendre fin dans les prochaines semaines ont soutenu les marchés, mais les répercussions économiques du conflit pourraient se faire sentir tout au long de 2026. Si l’énergie demeure au centre des préoccupations, la guerre a également perturbé l’approvisionnement de produits essentiels comme les engrais agricoles et l’hélium, un sous-produit de la production de gaz naturel liquéfié. L’hélium est utilisé dans une variété d’applications (notamment les examens d’IRM) et est essentiel à la fabrication de puces utilisées dans les téléphones intelligents, les voitures, les centres de données et les technologies de défense. La flambée des prix de l’énergie aura également des répercussions sur plusieurs aspects de l’économie mondiale, notamment les coûts de transport des biens commerciaux et de consommation par voie ferroviaire, routière, aérienne et maritime. Au cours des prochains trimestres, les marchés seront également attentifs à de nouveaux signes de tensions sur le marché du crédit privé en 2026, d’une valeur de plusieurs billions de dollars, où plusieurs grands gestionnaires ont plafonné les rachats des investisseurs au cours du premier trimestre, alors que le rythme des retraits de ces fonds s’accélérait.

Malgré les bouleversements inattendus du mois de mars, les fondamentaux économiques et la capacité d’identifier des sociétés ayant démontré leur aptitude à générer des revenus, des flux de trésorerie et des bénéfices pour les actionnaires demeurent le fondement d’un investissement à long terme réussi. Les marchés ont déjà traversé des chocs par le passé et continueront de le faire à l’avenir. Nous vous invitons à nous faire part de vos réflexions ou à nous poser vos questions concernant vos objectifs de placement personnels et votre répartition d’actifs dans le contexte actuel. N’hésitez pas à communiquer avec nous.